Réagissez, encouragez-nous, rendez ce blog vivant : laissez vos commentaires !

Cliquez sur les images pour les visualiser en haute définition.

mardi 18 février 2014

Skier la nuit (luxe absolu)



Glisser, en cachette,
Dans le noir de la nuit,
Et retrouver sa drogue
Comme dans une chanson de Mano Solo.


S'enfoncer au cœur de l'obscurité
A la lumière blafarde d'une frontale,
Et penser aux siens,
Lovés dans la douce quiétude d'une couette.


Abandonner la vue,
Sens infidèle et trompeur,
Et ne garder que le touché
Pour réapprendre l'équilibre et le mouvement.


Déplacer ce corps maladroit,
Les jambes lourdes et l'esprit léger.
Et répandre, sur la piste,
La fatigue de nuits en pointillés.


Glisser encore,
Mineur de fond volontaire
Les poumons brûlants,
Silicosé au charbon blanc !


R

dimanche 9 février 2014

Où est notre saut de Malmö ?

Je relis souvent cette nouvelle de Tristan Garcia : Le saut de Malmö.


Extrait : 

"Aujourd'hui, quand je me retourne, je sais que je n'ai jamais fait mieux de ma vie qu'un mardi d'été qui touchait à sa fin, à Malmö sous la pluie. Et dans le meilleur saut de ma carrière déclinante, je ne trouve rien de moi. Est-ce qu'il était vide ? Ou rempli d'une pensée à jamais prisonnière ?

Durant la première moitié de sa carrière, on court après le saut parfait ; durant la seconde, on s'aperçoit peu à peu qu'on a déjà sauté le plus loin qu'on pouvait. On court alors en désespoir de cause après ce saut déjà hors d'atteinte.
(...)
Je donnerai sans hésiter la possibilité d'un record du monde et d'une médaille olympique dans deux ans, si Dieu me le proposait, pour sauter une seconde fois à huit mètres zéro trois, un mardi d'Août à Malmö. Mais sachant, ce coup-ci, que ce saut marquera pour mon existence un sommet depuis lequel, à huit mètres zéro trois, je pourrais une demi-seconde durant, contempler toute ma vie.

Mais à Malmö, cet été là, je crois qu'une fois en l'air j'ai fermé les yeux - et je m'en veux."


Atteindre la perfection.
Le faire sans le savoir.
Un jour comme les autres.
A 3 984 mètres ou à 2 450.
Trouver le geste parfait.
Et voir les formes de l'invisible.
Puis, savoir que, peut-être, le meilleur est derrière nous.
Et pourtant toujours rester en quête.

Et toi qui me lit, où est ton saut de Malmö ?
As-tu aussi fermé les yeux ?

R