Réagissez, encouragez-nous, rendez ce blog vivant : laissez vos commentaires !

Cliquez sur les images pour les visualiser en haute définition.

samedi 25 janvier 2014

L'Annapurna selon Steck







L’Annapurna n’est pas une montagne, c’est une barrière, un chapelet de 11 sommets reliés par une unique arête céleste.

Sa face sud n’est pas une paroi, c’est une muraille de 2300 m culminant à 8091 m. Deux Eiger l’un sur l’autre à 8000 m !

L’Annapurna n’est pas une montagne, c’est un ogre, un minotaure dans son labyrinthe de glace et de roche, qui dévore un alpiniste chaque fois qu’il en laisse passer deux.

11 octobre 1992. Voie Beghin-Lafaille – face sud de l’Annapurna.
«Le début du rappel, sur 20-25 mètres, n'était pas trop raide. Je suivais Pierre (Beghin) du regard. Quand il s'est mis en tension sur la corde parce que la pente devenait verticale, le friend a lâché avec un claquement sec. Il était alors 25 mètres sous moi et je l'ai très vite vu disparaître. Sans un cri. Dans ma tête, un grand trou noir. J'ai crié, hurlé, longtemps.»
La paire d’alpiniste français, parmi les plus talentueux du moment, renonce alors qu’elle avait presque franchi les dernières difficultés rocheuses de la voie. Pierre Beghin (ténor de l’himalayisme français) chute sous les yeux de Jean-Christophe Lafaille. Lafaille descendra seul, au milieu des avalanches et des chutes de pierres, le bras cassé. Hallucinant combat pour la vie, digne d’un Doug Scott.

9 octobre 2013. Voie Beghin-Lafaille – face sud de l’Annapurna.
Un homme remonte les dernières pentes neigeuses de la voie. Les difficultés rocheuses sont derrière lui. Il est seul et connaît bien la face. Il y est déjà venu en 2007 où une chute de pierres l’a violemment arrêté. Et en 2008 où il se déroute pour porter secours à une cordée en détresse. Son compagnon descendra avec les valides. Lui restera avec Inaki Ochoa de Olza jusqu’à l’arrivée des secours. Mais les secours n’arriveront jamais et l’Espagnol mourra dans ses bras.

Aujourd’hui, l’homme progresse vite. Très vite. L’Annapurna n’a jamais senti un bipède progresser aussi vite sur ces flancs. Il sait déjà, avant la communauté mondiale des alpinistes, que c’est une révolution qui se déroule là, en ce mois d’octobre 2013. Quelques heures plus tard, l’homme rejoindra le pied de la face au terme d’une ascension express de 28 heures : impensable !

Cet homme, c’est Ueli Steck. Un charpentier suisse. L’homme de la face nord de l’Eiger en 2h47 heures. Il vient de vaincre l’une des plus belles faces au monde dans un style pur et rapide. L’engagement est total. Le succès aussi. Il vient de marquer l’histoire de l’alpinisme.

Avant lui, il y avait eu Messner au Nanga Parbat, Beghin au Makalu, Humar au Dhaulagiri. Désormais, il faut ajouter à la liste Steck à l’Annapurna.


Dessin : N
Texte : R

Pour en savoir plus : 
  - le site d'Ueli Steck : Ueli Steck
  - la vidéo de Steck à l'Eiger (ne pas rater le passage vers 2:30 à 3:40 ) : Eiger speed record
  - Quelques images de Steck à l'Annapurna : Annapurna